PETITES TERRES / LE SAULE
Le saule : d'une branche tombée à une haie vivante
Fin juin, une tempête a couché un gros saule chez mon voisin. Pour lui, c'était un problème : du bois à terre, bon à jeter ou à brûler. J'y ai vu une haie. Le saule est sans doute l'arbre le plus généreux qui soit, et il suffit d'une branche pour le prouver.
01 / LA RESSOURCEUne branche de saule n'est pas un déchet
Là où la plupart des arbres demandent des graines, de la patience et des conditions précises, le saule s'enracine à partir d'une simple branche. Son bois contient tout ce qu'il faut pour fabriquer des racines, presque à volonté. Une branche tombée après une tempête n'est donc pas un encombrant : c'est un arbre en attente. Encore faut-il le regarder ainsi, au lieu de l'évacuer.
02 / LE GESTETronçonner, tremper, planter
J'ai débité les branches en pieux, laissés tremper quelques jours dans un seau d'eau, puis plantés en ligne. Fin juin, le résultat avait l'air décourageant : les feuilles pendaient et jaunissaient, tout semblait mort. En octobre, la reprise était nette, avec des pousses neuves et des tiges rouges là où il n'y avait qu'un tas de branches trois mois plus tôt. Le trempage réhydrate les boutures et déclenche l'enracinement avant la mise en terre.
03 / DEUX USAGESUne haie vivante, et du BRF
Ce que je plante là travaille sur deux tableaux. D'abord une haie vivante : les pieux grandissent, s'épaississent et forment un rideau. On peut les laisser pousser librement, ou les croiser et les lier entre eux pour tresser une clôture qui se soude avec le temps, d'un seul tenant et qui se répare presque toute seule. Ensuite une source de matière : chaque hiver, je taille, et le bois des jeunes branches, broyé, devient du BRF, ce paillage de bois raméal qui nourrit la vie du sol et retient l'eau. Le saule repousse vite, donc cette matière se renouvelle chaque année. Une haie qui pousse et qui fabrique de l'engrais pour le reste du jardin.
04 / LES BONNES DISTANCESLe saule pardonne, mais il a ses règles
La bonne saison, c'est l'hiver, quand la plante est au repos : on plante des branches nues et la reprise est quasi garantie. Je l'ai fait en plein été, avec des feuilles, ce qui est plus risqué ; le trempage et la vigueur du saule ont sauvé la mise, mais ce n'est pas la méthode idéale. Et le saule aime l'eau : ses racines la cherchent. On ne le plante donc pas contre une maison, au-dessus d'un drain, d'une canalisation ou d'une fosse. À la bonne distance, c'est un allié ; au mauvais endroit, c'est un ennui.
05 / À RETENIRFaire avec ce qui tombe
Une tempête casse un arbre. Au lieu d'une corvée, on en fait une haie, une clôture et des années de paillage. La même quantité de bois, deux regards opposés. Rien n'est un déchet quand on regarde ce qu'on a sous les yeux, et qu'on le place là où il rendra service, pour longtemps. Repères techniques : les haies vives et la plantation d'automne, Natagora.
